- Une disparition tragique
La nouvelle est tombée comme un coup de tonnerre. Elle a tétanisé toute la république et l’onde de choc s’est propagée dans tous les cinq continents du globe. La nouvelle ? Celle de la mort subite et inattendue le 23 janvier 2015 à l’Hôpital Central de Yaoundé de celle qui s’appelait l’Honorable Ma’a Mêfo’o Nkong-La’ah Foning Françoise. Victime d’un accident de circulation à Ebedba sur la route Yaoundé Bafoussam le 17 janvier 2015, elle rendra l’âme 07 jours plus tard des suites d’une embolie pulmonaire. La plus haute autorité du Cameroun a décidé qu’elle aura droit aux obsèques officielles qui ont été organisées dans trois Régions du pays : le Centre, le Littoral et l’Ouest.
- Françoise Foning, un parcours exceptionnel

Ainsi, sans avoir été à l’école comme ses frères Tsobgny Langue Clément, Tsobgny Panka Paul, Zébazé Siméon, sa sœur Ma’a Mégnissop Tsobgny Zambou Zoleko Joséphine, et des nombreux autres princes Johny Baleng, elle a réussi le tour de force de décrocher dans le monde politique, administratif et économique, les différentes casquettes suivantes :
– Député à l’Assemblée Nationale pendant plusieurs mandats,
– Maire de la Commune Urbaine d’Arrondissement de Douala 5e,
– Présidente de la Section RDPC de Wouri 5,
– Présidente de diverses institutions et comités,
– Membre titulaire du Comité Central du RDPC, parti au pouvoir,
– Vice Présidente du Groupe Parlementaire RDPC à l’Assemblée Nationale,
– Présidente de la Commission des Relations avec l’Etat et les Institutions Traditionnelles au Bureau National des Communes et Villes Unies du Cameroun (CVUC),
– Vice Présidente du Cercle des Amis du Cameroun (CERAC),
– Vice Présidente du Forum Francophone des Affaires,
– Présidente de la Section Industrie de la Chambre du Commerce, des Industries et des Mines du Cameroun,
– Présidente Fondatrice Nationale du Groupement des Femmes d’Affaires du Cameroun(GFAC),
– Vice Présidente exécutive du Chapitre Afrique Centrale de la Table Ronde des Hommes d’Affaires
– Présidente Mondiale des Femmes Chefs d’Entreprise,
– Présidente Honoraire des Femmes Chefs d’Entreprises Mondiales
– Présidente Internationale du Réseau Africain pour le Soutien à l’Entreprenariat Féminin (RASEF).
– Vice-présidente internationale pour le Forum Francophone des Affaires (FFA),
– Consultante en finance et gestion à la Banque Africaine de Développement,
– Secrétaire permanente pour l’Afrique Centrale du Centre de Formation de l’AGOA (African Growth Opportunity Act),
- Oscar 2006 du Manager Africain de l’année.
– Chef d’entreprises multiples : (OVIACAM, ANFLO, SACOMEC, Collège de l’Union à Dschang, Polyclinique de la Menoua, etc…)
L’Honorable Ma’a Mêfo’o Nkong-Lah Françoise Foning était par ailleurs :
- Grand Officier du Mérite Camerounais.
- Reine (Ma’a Mêfo’o Nkong-La’ah) de la Cour Royale du groupement Bafou,
- Reine (Ma’a Mêfo’o Jeakia) de la Chefferie Baleng (par Bafou / Dschang)
- Dignitaire titulaire du titre de Njih, à la Cour du Sultan roi des Bamoun.
- Reine (Mieuh-Fo’o) à la chefferie de Menouet à Foto
Lors de ses obsèques, elle a été élevée par le président de la république S.E Paul Biya, à la très prestigieuse dignité de « Grand Cordon de l’ordre national du mérite camerounais » à titre posthume.
- Vie familiale
Epouse de feu Cosmas Foning, notable de la cour royale Bangang dans le Bamboutos, dont elle portera le nom jusqu’à sa mort, Françoise Foning était mère de six enfants. Une progéniture bien nombreuse à qui elle échappera pour devenir pour tous l’incarnation de la « Maman », sans distinction de condition sociale, de tribu ou de religion. Avec sa grande capacité à écouter et à comprendre, elle développait instantanément un lien particulier avec chacun de ses interlocuteurs. Malgré tous ses pouvoirs et ses distinctions, elle était restée une femme du peuple au milieu des siens. Sa porte demeurait grande ouverte à tous et elle était toujours à l’écoute des doléances de chacun.
Ces qualités de cœur et d’esprit étaient étrangement alliées à une générosité et un désintéressement qui frisaient l’insouciance : Maman Foning ne possède quasiment rien en propre. Ses résidences de Baleng ou de Bangang, ni d’ailleurs celles de Yaoundé Bastos ou de Douala Bepanda, ne payent pas de mine, sauf peut-être par le fait que les portes sont ouvertes et que chaque nécessiteux a pu s’y « servir ».
Elle était une sorte de Robin des bois des temps modernes qui « dépouillait » les riches pour nourrir la plèbe. En effet, Mme Foning redistribuait tout ce qui lui tombait sur la main. Certains lui ont reproché de n’avoir rien fait ni à Baleng, ni à Bafou, ni à Bangang dans le village de son mari. Mme Foning n’appartenait d’ailleurs plus au terroir Bamiléké. Ses rapports avec les Béti du Centre, les Boulou du Sud, les Sawa et les Bassa du Littoral ont été tels que ces derniers ont même demandé qu’elle soit inhumée à Yaoundé pour les uns, et à Douala pour les autres.
- Une actrice principale de développement

Au sein de Bafou, son bilan est incommensurable. Que ce soit au niveau du village ou de Douala sa ville de résidence, ses actions sont nombreuses et diverses. La plus significative reste sans nul doute son intervention historique dans l’évacuation sanitaire du roi des Bafou lors de son agression barbare de 1995. En effet, toute la population lui sait gré d’avoir pesé de tout son poids politique pour sauver la vie du Roi Victor Kana III mortellement agressé par son propre oncle.
Sur un tout autre plan, Ma’a Mêfo’o Nkong-La’ah Foning Françoise a été présente à tous les grands rendez-vous de l’histoire contemporaine du groupement Bafou. Elle a occupé notamment les postes de « Présidente des affaires féminines » dans les Forces vives Bafou, et Vice-présidente chargée des affaires extérieures au CODEGBA.
Ma’a Mêfo’o Nkong-La’ah Foning Françoise a été par ailleurs une militante engagée dans le regroupement et le développement de la communauté Bafou de Douala où elle résidait. Elle a occupé plusieurs titres de responsabilité comme :
- Membre fondatrice et plus tard membre d’honneur du CCB (cercle culturel Bafou de Douala),
- Membre fondatrice et à sa mort présidente d’honneur de l’ASB (Association sportive Bafou de Douala)
- Membre d’honneur du CCABD (Cercle coutumier Aka’a Bafou de Douala)
- Membre d’honneur de l’ARBD (Association des reines mères Bafou de Douala)
- C’est en sa résidence de Deido que le roi des Bafou regroupa les jeunes pour initier la réflexion qui aboutit à la création du DYBAF (Dynamique Bafou de Douala),
- Etc.
Enfin, la communauté de l’arrondissement de Douala 5ème a certainement été l’une des plus touchées par la brutale disparition de la reine mère Ma’a Mêfo’o Nkong-La’ah Foning Françoise. Défenseure de la cause des « démunis », elle était perçue par les populations des quartiers pauvres comme une véritable porte-parole. De Maképé Missoké à Bependa en passant par PK10 et Kilomètre 14, dans les rues bouillantes et les grands marchés, « la mère » comme elle était affectueusement appelée, ne manquaient jamais aux rendez-vous de la colère des grandes masses. Elle se dressait contre les abus de certaines autorités, et militait en faveur de la recherche de solutions négociées. A titre d’exemples, nous pouvons citer :
- L’allègement du paiement de la taxe OTVP (occupation temporaire de la voie publique) chez les petits commerçants de son arrondissement
- La protection des conducteurs de motos-taxis (Benskineurs), alors qu’ils étaient expulsés de certains quartiers de Douala
- L’empêchement de la démolition et du déguerpissement de certains habitants de Maképé Missoké et autres zones marécageuses ou en situation de litiges fonciers.
- Etc…
En définitive, Ma’a Mêfo’o Nkong-La’ah Foning Françoise était une femme plurielle. Femme d’affaire, femme politique, actrice engagée de la société, actrice de développement, mais surtout femme de grand cœur à la générosité exceptionnelle. Elle avait la foi en Dieu et en ses choix politiques, et c’est pour cette raison qu’elle commençait toujours ses actions et interventions par la prière, et les achevait en rendant hommage au chef de l’Etat Son Excellence Paul Biya. Elle est partie de son Bafou natal pour conquérir le monde, et a bâti sa richesse sur les hommes. L’exemple de son parcours exceptionnel fera certainement d’elle un modèle et un mentor pour les générations à venir.
Moho-Lekouet DONKENG Cosmas
