Naissance du village Baleng

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Parmi les occupants de la première heure de Lepouo, figurait un certain Tsobgny né vers 1891 de Zébazé Temekontchou Fo’o-Ghap 1er et de Medong Jeakia. Cet homme exceptionnel marquera l’histoire d’une empreinte indélébile et sera à l’origine du développement, de la transformation et du rayonnement de ce coin anonyme de Bafou qui s’appellera plus tard Baleng. Cet illustre personnage mérite toute notre attention.

Très jeune, Tsobgny John, puisqu’il s’agit de lui, se fit remarquer par son intelligence très au-dessus de la moyenne, son sens aigu des affaires et son dynamisme débordant. Ayant accompagné très tôt son père Fo’o-Ghap et ses oncles dont le futur chef Fo’o-Ndong Kana 1er dans leurs activités commerciales dans diverses chefferies de l’ouest et même dans l’ancien Cameroun Britannique, il apprit le pidgin et acquit des connaissances sur divers dialectes locaux. L’apprentissage de ces dialectes s’accéléra par la présence chez son père d’esclaves d’origines diverses. Avec ce bagage linguistique, il fut utilisé comme Interprète par le Blanc Commandant de la Région Administrative de Dschang. Il profitera de ses voyages avec les colons pour nouer de solides relations avec plusieurs chefs puissants de l’Ouest et diversifier ses activités commerciales.

Il achetait et revendait des esclaves, du sel, de l’huile de palme, des liqueurs, du vin importé d’Espagne, des vêtements traditionnels en batik, des bracelets d’ivoire, des colliers de perles appelés « Ziguêta », etc. En raison de ses manières raffinées et de son élégance, les blancs l’appelèrent affectueusement Johny. Il sera ensuite appelé Massa Johny car sa fortune grandissait considérablement. A la suite d’une chute de cheval lors des funérailles au quartier Nko’ho, il décida de se faire baptiser et prit le prénom chrétien de Paul.

Avec la culture du quinquina et du caféier, produits de rente nouvellement introduits par les colons, celle des pommes de terre et autres légumes fort appréciés des blancs, l’élevage des porcs, des chèvres et des bœufs, le commerce des vivres frais, des arachides et du maïs à Dschang, à Nkongsamba et à Douala, Massa Johny Tsobgny Paul devint de plus en plus riche et acquit davantage de prestige.

Après la guerre de 1914-1918, les Allemands connurent une déconvenue et furent chassés par les Anglais. Le prince Manfo Tékou jaloux de la popularité de Johny et surtout parce qu’il cherchait à régner à Bafou à la place du Chef malade, alla dire aux nouveaux maîtres que Tsobgny Johny était un grand voleur, un dangereux serviteur des Allemands et surtout un indicateur à la solde de ces derniers. Il ajouta que ses nombreuses femmes avaient été arrachées de force à leurs parents et que les indigènes arrêtés pour les travaux forcés étaient détournés pour ses propres chantiers et plantations. Comme preuve de ses accusations, il indexa le château que Johny venait de construire comme étant la preuve de ses multiples détournements.

Johny fut donc arrêté et conduit en prison. Il fut même dit à ses nombreuses femmes de rentrer dans leurs villages d’origine parce qu’il sera condamné à mort puis exécuté. Après avoir été transféré de la prison de Dschang vers celles de Bafoussam, de Bangangté, de Foumban, de Yaoundé et de Douala, quelle ne fut la surprise de tous de voir Tsobgny Johny débarquer un matin chez lui à Dschang libre et au volant d’une voiture neuve ! Comment avait-il réussi ce tour de passe-passe digne de grands prestidigitateurs ? Rien de bien sorcier à cela ! À Douala, il était en prison dans une ville où il avait beaucoup d’amis. Ceux-ci lui ont conseillé de solliciter les services d’un avocat pour plaider sa cause et demander réparation pour le préjudice qu’il subissait. Chose dite, chose faite. Il a gagné son procès, a été libéré et est donc sorti de prison avec un pactole inattendu.

Après ce retour triomphal de prison, il a davantage gagné en estime et en respectabilité. Ainsi, il a abandonné le cheval, son premier moyen de locomotion, pour faire acquisition de voitures utilitaires (camions de marque Dodge, Apache et International) et de voitures de tourisme de luxe de marque Citroën.

S’inspirant de l’architecture du palais du Sultan Bamoun, il avait entrepris, en 1924,  la construction d’un château en briques de terre cuites avec, à l’étage, un plancher en madriers de bois poli. Tous les chefs de l’Ouest, invités à la fête du 14 juillet à Dschang qui, à l’époque, était le chef-lieu de région, faisaient d’abord escale pour la nuit dans le château de Massa Johny. La présence régulière de tels hôtes chez lui, ses largesses vis-à-vis des membres de sa famille paternelle et surtout vis-à-vis de son oncle, le chef Fo’o Ndong Kana 1er, à qui il rendait régulièrement visite en compagnie des plus grands Chefs Bamiléké de l’Ouest, le prédisposaient à une forte récompense. Ainsi, il fut élevé en 1925 à la dignité de sous-chef par Fo’o-Ndong Kana 1er et se fit désormais appelé Fo’o-Leng.

Moho-Lekouet Donkeng Cosmas