Six kilos ! Femmes goudron ! C’est en ces termes que les femmes Baleng s’exclament pour vanter le village où la Providence a voulu qu’elles viennent en mariage. Situé à quatre kilomètres environ au nord-est de la ville de Dschang, Baleng est un petit village du Groupement Bafou érigé en chefferie traditionnelle de 3e degré par l’arrêté préfectoral n°447/AP/F34/BAE/2 du 07 juillet 1987. A cause de la carrure de son fondateur, du charisme de ses dirigeants et du dynamisme de sa population, cette bourgade minuscule en superficie a cependant un dessein spécial. Baleng est respecté à Bafou et à Dschang et son aura va au-delà de la Région de l’Ouest et des frontières nationales. Aux premières heures de l’indépendance du pays et comme signe prémonitoire de son rayonnement et de sa splendeur futurs, il se faisait déjà appeler Môh-tissong qui veut dire en dialecte local, (petite ville).
Suivons le guide et faisons un peu d’histoire !
En 1990, à l’occasion de l’installation de Dr Kana Paul comme Chef de Premier Degré, un ouvrage intitulé, « Bafou, une grande chefferie de l’Ouest Cameroun » a été publié par un groupe d’universitaires Bafou réunis autour du Pr Jean-Louis Dongmo. En le consultant, on peut lire, en page 24 :
« Une guerre importante a opposé sous Kana Ier, la Chefferie de Bafou à sa voisine de l’Ouest, Foto. Nous n’en connaissons malheureusement ni la cause, ni le déroulement. Nous savons seulement qu’elle a été gagnée par Bafou, et qu’elle a eu comme conséquence, la cession par Foto de deux quartiers à Bafou : Lepouo et Tsueto. Le nom du premier signifie » lieu de rencontre » en souvenir du fait que les belligérants s’y sont rencontrés pour négocier et conclure la paix. Le nom du second signifie quant à lui « champ de Foto ». Pour éviter qu’il n’entretienne la rancœur chez les voisins, le Chef Kana II l’a remplacé par Kekang du nom d’un cours d’eau qui arrose l’endroit. L’acquisition de ces deux quartiers a sensiblement accru la largeur de Bafou qui était dangereusement trop réduite ».
Lepouo signifie en yemba, lieu de rencontre. Lieu de rencontre pour défendre les frontières du village mais aussi lieu de rencontre des prosélytes venant d’horizons divers et nouvellement convertis au Christianisme. Ceux-ci habitaient provisoirement autour de la Mission Catholique de Lepouo, payaient leurs impôts dans leurs chefferies d’origine et y rentraient après leur formation de catéchumènes ou de catéchistes.
Le territoire gagné sur le groupement Foto et appelé Lepouo fut intégré au grand ensemble Mbeng. Pour son occupation, il y eut l’arrivée des pionniers suivants : Le prince Ndjeuyim, fils du chef Fo’o-Ndong Tenkongmo Tchounlepap et pupille de Moho Kemegho de Mbeng qui recevra les terres de Tedonkeng. Le reste de Lepouo sera occupé sous forme de champs et de pâturages par Moho Kemena‘h et par Moho Kem-Douhou. A cette époque, Zébazé Temekontchou, un autre fils de Fo’o-Ndong Tenkongmo Tchounlepap, bien connu sous le nom de Fo’o-Ghap, habitait à Mbeng Sa’ah-Nguessielle. Il se déplaça pour s’installer, non pas à Lepouo où il avait aussi reçu des terres, mais plutôt à Tsueto dans un endroit qu’il a appelé Tenkwheu-h. Ce nom est la forme contractée de « Nte Wou Nkweu’h à g’hah ! » signifiant en dialecte local : « si je meurs là –bas …ça fait quoi ! ». Au lieu de le suivre dans son émigration, un de ses enfants parmi les plus braves restera à Lepouo.
Moho-Lekouet Donkeng Cosmas.
